Citation du mois

"En France on élit et les élus font des lois qu’ils n’ont jamais proposées et dont nous n’avons jamais voulu. Est-ce la démocratie quand après avoir voté nous n’ayons pas la possibilité d’avoir de l’influence sur les élus ? Je ne crois pas que dans aucun des pays qui se disent démocratiques, ceux-là qui croient avoir le droit d’imposer « leur » démocratie aux pays pauvres, il existe la démocratie, à commencer par les États-Unis et la France. La France est une démocratie ? Une puissance mondiale ? Je le dis en tant que Française : Cela ne veut rien dire. Si on le dit pour les niveaux d’éducation, de la recherche ou la santé, c’est nul. Pour être capables d’aider la paix mondiale, les peuples opprimés ? Nul."

Danièle Mitterrand

Mardi 21 mars 2006 2 21 /03 /Mars /2006 12:14

 Pour plus d'infos, voir le site http://justicepourcyril.zeblog.com/

CPE Un manifestant entre la vie et la mort Le coma profond d'un syndicaliste SUD PTT, pris dans une violente charge de CRS, donne un tour tragique au mouvement social.

 

 

Par Karl LASKE mardi 21 mars 2006

  

 

Il s'appelle Cyril Ferez. Il a 39 ans. Il travaille à Torcy pour l'opérateur de téléphonie Orange où il s'est inscrit à SUD PTT. Hospitalisé à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne), il est tombé dans le coma après avoir croisé, samedi, le mauvais peloton de CRS, sur la place de la Nation à l'heure de la dispersion de la manifestation anti-CPE. La préfecture de police a annoncé hier l'ouverture d'une enquête préliminaire confiée à l'Inspection générale des services (IGS), tout en faisant connaître officieusement, et avec insistance, son alcoolémie ­ au moins 2 grammes ­ à son arrivée à l'hôpital. La préfecture aurait été « avisée par l'Assistance publique » qu'un homme blessé « lors des échauffourées qui ont opposé des "groupes violents" aux forces de police se trouvait hospitalisé dans un état sérieux ». Mais c'est plus grave. Selon l'Assistance publique, le pronostic s'avère « réservé, à la fois sur le plan vital et sur le plan fonctionnel ». Le coma est profond et pourrait « mal évoluer », de source médicale.

 

 

Samedi soir, Cyril est arrivé place de la Nation, dans le cortège Solidaires, l'un des derniers de la manif. C'est vers 20 h 30, après les premiers tirs de gaz lacrymogènes, que les cordons de CRS commencent leur progression sur la place pour repousser les « groupes violents ». Les manifestants sont encore très nombreux. Les témoins ne manquent pas. Les photographes non plus. Sur le terre-plein central, l'un d'eux, Alexandre Tsitouridis, voit un groupe de CRS resté en retrait. Deux hommes leur font face. Cyril est l'un d'eux. « Je l'ai vu assis devant les CRS, pacifique, raconte Alexandre Tsitouridis. Je ne sais pas ce qui lui passait par la tête. J'ai eu l'impression qu'il allait se relever. Les CRS sont autour de lui. Je ne le vois plus. L'image d'après, il est par terre. » Bruno Stevens, photographe lui aussi, est à dix mètres. « Devant l'arrivée des CRS, les gens s'éloignaient en éventail, explique-t-il. Lui a été attrapé. Il était plus lent. Il a pris un coup direct à la tête. Il s'est effondré comme une masse. Ils ont continué à le frapper alors qu'il était au sol. Mais vraiment fort ! Je me suis approché pour dire aux policiers : "Mais vous ne voyez pas qu'il est inconscient !" » « J'ai vu un CRS sortir du peloton, l'attraper et le mettre dans le cercle, confirme Pascal Charles, d'un collectif antirépression. Les CRS se faisaient caillasser en même temps qu'ils tapaient. J'ai eu l'impression qu'ils le piétinaient. Lorsqu'ils se sont éloignés, j'ai cru qu'ils laissaient un sac derrière eux. »

 

 

Manifestants et photographes s'approchent. « A un moment, on a cru qu'il était mort. Il avait un hématome sous l'oeil droit. Sa tête avait pris le volume d'un ballon de rugby. » Bruno Stevens remarque ses lunettes, son discman éclaté par terre. Une oreillette aussi qui lui est restée accrochée à l'oreille. « Je n'ai pas vu le point de départ, mais il n'avait rien en main et il n'était pas masqué. » Les photographes ont l'heure de leurs clichés. Le tabassage a eu lieu à 20 h 51. Les secours, appelés par les manifestants, sont arrivés à 21 h 07. Cyril est parvenu à bouger légèrement les pieds avant de sombrer dans le coma. http://www.liberation.fr/page.php?Article=368679

 

Au plus près de la bavure de la Nation
Six témoins de la scène, samedi soir en fin de manifestation à Paris, racontent les coups de matraque sur Cyril Ferez, le syndicaliste de SUD PTT, toujours plongé dans un coma profond.

Par Karl LASKE
vendredi 24 mars 2006



Horacio, photographe: «Il a cherché à s'échapper»

 

«Quelques minutes plus tôt, j'ai réalisé une ou deux photos de Cyril assis par terre. Il a une attitude contemplative. Le groupe de policiers est à cinq mètres. Personne ne semble lui prêter attention. J'ai pensé qu'il était affecté par les gaz. J'ai vu qu'il avait une énorme cuite. Je suis là, j'observe ce qui se passe. Soudain apparaît un manifestant poursuivi par trois policiers. Il a la malchance de tomber. Cyril est à côté. Tous les deux prennent des coups de matraque. Ma photo est prise à 19 h 53. On voit Cyril cherchant à s'échapper (voir photo en haut à gauche). L'autre manifestant est également au sol, mais sur l'image, il est caché par un CRS. Le bâton est en train d'arriver sur la tête de Cyril. Je perçois l'action, mais dans un monde d'ombres. Sans flash, on ne voit rien. Ensuite, d'autres CRS arrivent. S'ils piétinent Cyril, je n'ai pas l'impression que ce soit volontaire, ni décisif. Ma théorie, c'est que le mal était fait avant, avec la matraque. J'ai fait une dernière photo des policiers, puis j'ai dû partir pour transmettre.»

 

Alexandre, photographe: «Je vois Cyril sous les CRS»

 

«Je suis à deux-trois mètres de distance. Initialement, je vois ce groupe de CRS complètement isolé. Puis je vois Cyril. Je le vois s'asseoir à côté d'eux, ne rien faire. Et puis un petit jeune vient derrière lui, crie quelque chose à un CRS. Le CRS se détache rapidement de son groupe, se dirige vers le jeune, et vers Cyril aussi. Il est rejoint par d'autres policiers et il chope le jeune. Là, je suis vraiment à un mètre. Le jeune chute. Puis je vois Cyril sous les CRS. Je ne vois pas de coup porté sur lui. A un moment, les CRS partent et en face de moi, il y a Cyril. Un homme avec un masque à gaz se précipite vers lui. Je crois que Cyril est mort, mais on comprend vite qu'il ne l'est pas.»

 

Victor, photographe: «Des coups volontaires et involontaires»

 

«Je sors d'un café après la première charge, place de la Nation. J'aperçois un peloton de CRS, en cercle. Ils se tiennent mutuellement, par l'épaule. Je ne vois pas le début de l'action. Cyril et une autre personne sont au sol. Les CRS sont autour d'eux. Je me rapproche. Et je vois des coups de pied volontaires et involontaires sur eux. L'autre est en position foetale. Cyril n'est pas protégé. Je me dis qu'il s'est pris un coup de rangers. Je le vois disparaître derrière le peloton. Les CRS me repoussent à coup de boucliers. Je ne vois pas la fin. Je suis les flics qui se déplacent vers l'autre côté de la place.»

 

Pascal, manifestant:  «Les CRS le laissent tel quel sur place»

 

«Je suis arrivé près du platane. Les CRS sont positionnés en tortue. Ils s'avancent puis reculent. J'en vois un sortir du groupe pour attraper un manifestant et le ramener. Après, ce que je vois, c'est des CRS de dos. Et puis un sac abandonné par terre. En réalité, c'est Cyril. Les CRS se replient vers le trottoir. Avec d'autres, je les engueule. Mais le groupe de CRS s'en va, le laisse tel quel sur place. J'ai vu d'autres arrestations, avec des tabassages, et j'ai vu les personnes prises en charge puis évacuées. Pas cette fois.»

 

Bruno, photographe: «Une unité de lieu et de temps»

 

«Je n'ai pas quitté des yeux l'endroit du tabassage. Au début, je vois les CRS, à 5-6, puis 10-15, poursuivre un mec. La poursuite passe à côté de moi. Le mec est rejoint en quelques secondes. Très vite, il prend un coup à la tête et tombe. Les CRS forment un groupe compact. Des coups sont donnés au sol. Lorsqu'ils s'éloignent, je vois Cyril. La mêlée est telle que je ne peux pas deviner qu'il y avait déjà un mec. Pour moi, il y a une unité de lieu et de temps. L'état de Cyril est la conséquence de la charge. Les CRS ne pouvaient pas ne pas le voir.»

 

Romain, étudiant: «Je le crois mort»

 

«Je tourne le dos à la statue. Je vois un CRS donner un coup de matraque dans la jambe d'un mec par-derrière. Le policier rejoint son groupe, mais il tombe. Des individus se précipitent vers lui, mais ses collègues le récupèrent. La personne qui a pris le coup de matraque est happée dans le groupe, plaquée au sol. Par la suite, les CRS reculent pour se protéger et piétinent cette personne. Ils laissent Cyril au sol. Moi, je le crois mort. Une fille crie : "Vous l'avez tué." Mais les CRS ne viennent pas vérifier. J'ai vu qu'il respirait. Son abdomen bougeait.»

http://www.liberation.fr/page.php?Article=369571

Par Collectif Sciences Po en Lutte - Publié dans : communiqués internes
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